Loin d’être une périphérie économique, les territoires ultramarins concentrent des atouts stratégiques que le Parlement veut désormais transformer en moteurs de croissance. Dans un rapport d’information présenté le 7 juillet 2026, la délégation sénatoriale aux Outre-mer formule 21 recommandations pour bâtir une véritable politique industrielle adaptée à ces territoires. Son titre résume l’ambition : dessiner le visage économique des Outre-mer dans vingt ans. Décryptage des filières d’avenir Outre-mer et de ce qui pourrait concrètement changer.
Un rapport pour changer de modèle
Intitulé « Les filières économiques d’avenir outre-mer : un océan d’opportunités », le travail a été conduit par les rapporteures Annick Girardin, Vivette Lopez et Marie-Laure Phinera-Horth, sous la présidence de Micheline Jacques. Le constat de départ est partagé : les économies ultramarines restent trop dépendantes des importations et de quelques secteurs traditionnels. L’objectif est d’ancrer un nouveau modèle de développement fondé sur l’innovation, la souveraineté économique et la valorisation des ressources locales.
Plutôt que de multiplier les dispositifs ponctuels, la délégation plaide pour une stratégie d’État de long terme, cohérente et lisible, capable d’« irriguer » des secteurs prometteurs sur deux décennies.
L’économie bleue, premier gisement d’opportunités
Le premier atout est immense et souvent méconnu. Grâce à ses Outre-mer, qui concentrent 97 % de ses surfaces maritimes, la France dispose du deuxième domaine maritime au monde, avec près de 11 millions de km². À elle seule, la zone économique exclusive de la Polynésie française couvre environ 5 millions de km², soit près de 40 % du total national. Ces espaces abritent aussi près de 10 % de la biodiversité mondiale, 13 000 espèces endémiques et 20 % des atolls de la planète.
Cet héritage nourrit une feuille de route publique dédiée à l’économie bleue ultramarine à l’horizon 2030. Pêche durable, biotechnologies marines, énergies de la mer : le potentiel dépasse largement le tourisme balnéaire, comme le rappellent les débats sur la façade maritime, un enjeu que suivent aussi nos pages Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Des filières émergentes très concrètes
Au-delà des secteurs historiques à moderniser — pêche, banane, canne à sucre, nickel ou ylang-ylang —, le rapport met en lumière des filières innovantes déjà à l’œuvre :
- La climatisation par eau de mer profonde (SWAC), qui exploite les eaux froides des grands fonds pour rafraîchir bâtiments et hôpitaux.
- La filière bambou appliquée à la construction, matériau local, renouvelable et résistant.
- La valorisation des holothuries, ces « concombres de mer » recherchés par l’industrie cosmétique.
Ces exemples illustrent une idée simple : transformer sur place des ressources aujourd’hui exportées brutes ou inexploitées.
Les leviers pour passer à l’action
Pour accompagner cette montée en puissance, la délégation identifie plusieurs leviers déjà disponibles : l’octroi de mer, le bouclier qualité-prix, la commande publique et la politique commerciale. Elle suggère aussi la création d’un fonds d’investissement pan-ultramarin et d’un opérateur public dédié au financement. Connectivité numérique, infrastructures portuaires, recherche adaptée aux spécificités locales et « compagnonnage ultramarin » pour la formation complètent le tableau.
Pour les habitants, l’enjeu est très concret : des emplois qualifiés non délocalisables, une moindre dépendance aux importations et, à terme, une possible pression à la baisse sur le coût de la vie. Ces dynamiques dépassent le seul horizon local et rejoignent les grands débats de nos Actualités Nationales, tandis que le suivi des territoires se poursuit dans notre rubrique Outre-Mer.
Questions fréquentes
Qui a rédigé ce rapport sur l’économie des Outre-mer ?
Il s’agit d’un rapport d’information de la délégation sénatoriale aux Outre-mer, présenté le 7 juillet 2026 par les rapporteures Annick Girardin, Vivette Lopez et Marie-Laure Phinera-Horth.
Qu’est-ce que l’économie bleue ?
C’est l’ensemble des activités économiques liées à la mer : pêche durable, biotechnologies marines, énergies marines, transport et tourisme, valorisées de façon respectueuse des écosystèmes.
Pourquoi les Outre-mer sont-ils stratégiques pour la France maritime ?
Parce qu’ils représentent 97 % des surfaces maritimes françaises et placent la France au deuxième rang mondial pour son domaine maritime, avec près de 11 millions de km².
